L'arbre, Oeil de la forêt
Extraits

" Le lac au bout du chemin "

Nous marchons à travers la forêt comme dans une aquarelle, exaltées par l'idée d'un lac au bout du chemin des mousses. Le gris-argent du ciel réveille les dégradés de verts qui livrent leurs secrets. La pluie glisse sur les fougères, laisse derrière elle un vernis d'eau et diffuse sa brillance dans toute la forêt. Un parfum d'humus monte de la terre. Apparaît le lac, son miroir de silence. De cette eau surgit un des premiers matins du monde. A travers le chant des genouilles s'accomplit l'aventure de l'instant qui naît.



"L'arbre est un puits"

Le mouvement continu de la sève rythme l'échange entre le monde du ciel et le monde de la terre. Lorsque l'écorce s'écarte et laisse apparaître la blessure, celui qui prète l'oreille entend le coeur de l'arbre. L'univers d'en dessous s'exprime au travers des ouvertures et des fissures.
Elles deviennent des passages où l'invisible se raconte.



"L'oeuvre est monumentale"

La forêt est plus sombre... Nos yeux sont appelés par le pierre verte luminescente, certie dans les parois de la roche. Une force étrange s'en dégage. Peut-être est-ce la pierre sacrée, gardienne du lieu ? La sculpture s'impose, taillée par la main du temps. Un lichen jaune d'or recouvre la roche habitée par une présence. Sans doute une déesse mère. Dans les veines de la pierre coule l'histoire de la montagne.



"La glace"

La rivière s'engouffre dans la neige. Nous y déplacons quelques branches, les sculptures de glace flottent comme des diamants sur l'eau. Nos mains gelées modèlent l'éphémère, les transparences du givre et les formes de cristal. Les bleus se déclinent dans l'eau et nous transformons le cours de la rivière.



"Au coeur des mousses"

La forêt est l'atelier ouvert sur l'espace et les rêves. Elle est la clef des mondes premiers et sauvages. Là où nous touchons à l'âme des choses. Et nos mains plongées dans la terre se rappelent les rites de l'enfance. Nous créons l'éphémère et la forêt tremble de son éternité menacée.



Nous allumons délicatement le feu dans la fissure de l'arbre pour l'imprégner du pouvoir magique de l'éclair. Le crépitement de la braise monte lentement vers les étoiles. Sommes nous les fées ou les sorcières...